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Le scénarion Négawatt

publié le 12 juin 2013 à 07:34 par Utilisateur inconnu   [ mis à jour le·12 juin 2013 à 07:34 par Utilisateur inconnu ]

Plus de doute : le changement est possible.

Il n'est meilleur ennemi du changement que le doute. Malgré les travaux remarquables et de longue haleine effectués au niveau mondial par les spécialistes du climat, l'appropriation de la réalité des changements climatiques par le public a nécessité beaucoup de temps. Un élément-clef dans ce processus aura été le doute savamment instillé par les lobbies, lui-même relayé par certains acteurs politiques. Maintenant que la réalité du changement climatique est admise par la majorité de l'opinion publique et de la classe politique, et que le concept de sécurité nucléaire infaillible a été fortement ébranlé par la catastrophe de Fukushima au Japon, nombreux sont ceux conscients de ce que le statu quo ante en matière énergétique n'est plus tenable. Mais les lobbies continuent leur œuvre de sape. S'ils n'en sont pas à l'origine, ils voient néanmoins d'un bon œil la propagation de rumeurs que l'on n'entend que trop souvent.  «Sans nucléaire, on n'y arrivera pas». «Il est déjà beaucoup trop tard pour entreprendre quoi que ce soit». Qui n'a pas entendu à un moment ou à un autre ce genre de propos dans son entourage? Ces affirmations ont en commun de déstabiliser celui qui en prend connaissance, et ne peuvent in fine que conduire à l'inaction.


Fort de ce constat, un groupe d'ingénieurs bénévoles a pris le taureau par les cornes, et s'est employé à bâtir un scénario crédible qui montre qu'il est effectivement possible de sortir du nucléaire tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Le concept NégaWatt est né aux États-Unis, au Rocky Mountain Institute, sous l'impulsion du visionnaire qu'est Amory Lovin. L'idée est de développer tout d'abord la sobriété énergétique -par opposition à l'état d’addiction énergétique qui décrit si bien nos sociétés actuelles- , puis l'efficacité énergétique pour enfin recourir aux énergies renouvelables. Le scénario NégaWatt considère que le confort de vie dont bénéficie l'humanité est un acquis intangible. Le confort thermique des bâtiments est garanti, le besoin de mobilité n'est pas remis en cause. Il ne s'agit donc pas d'un retour à l'âge des cavernes. Un premier malentendu est levé. Mais pour inchangé qu'il soit, rien ne dit que le niveau de confort nécessite un niveau de production d'énergie constant. Au contraire, et c'est là que la sobriété et l'efficacité énergétique peuvent donner leur pleine mesure. Car la sobriété, alliée à l'efficacité, joue un rôle beaucoup plus important que ne l'imagine le public.

Le triptyque Négawatt : sobriété, efficacité, renouvelables.


La sobriété consiste à repenser les besoins énergétiques. Ainsi, les bâtiments affublés du sobriquet peu enviable de passoires thermiques sont à proscrire, car ils nécessitent beaucoup d'énergie pour assurer un confort thermique médiocre. Les petits trajets en voitures doivent être évités dans la mesure du possible, car ils conduisent à une surconsommation de carburant, surtout quand le véhicule, encore froid, n'a pas été utilisé auparavant. Le covoiturage entre également dans cette catégorie, car il conduit à diminuer le nombre global de kilomètres parcourus. L'efficacité énergétique, quant à elle, réside dans le choix du dispositif économe qui rend le service attendu. Ainsi, une ampoule fluorescente, pour une même qualité lumineuse, dépense beaucoup moins d'énergie qu'une lampe classique à incandescence. En travaillant à la fois sur la sobriété et sur l'efficacité, il devient possible de diminuer conséquemment la quantité d'énergie primaire, et dès lors, le recours aux énergies renouvelables s'avère tout à fait envisageable, à tel point que le scénario NégaWatt en fait la base de tout notre système énergétique dès 2050.


Les énergies renouvelables connaissent un grand essor. Le gaz mérite qu'on s'y intéresse un peu plus qu'à l'accoutumée.  En effet, les bâtiments à l'efficacité thermique renforcée, en consomment moins cependant que la production de biogaz par méthanisation augmente très fortement. Il faut dire que le scénario NégaWatt se complète à merveille avec le scénario Afterres de l'association Solagro, dont le domaine de compétence s'étend aux questions agricoles. L'approche n'est plus parcellaire, mais bel et bien holistique. Ce gaz sera mis à la disposition des automobiles du futur. Ai-je précisé que le scénario ne retient que les technologies avérées pour écarter toute chimère, toujours dans un souci de ne pas prêter le flanc aux critiques?


Le réseau électrique pose problème dans la mesure où l'énergie électrique consommée doit être injectée concomitamment. Ce scénario réalise une vraie  prouesse en simulant heure par heure le nécessaire équilibre du réseau. Le surplus d'électricité renouvelable par temps de grand vent, quand la fée électricité coule à pleins bords dans des câbles qui n’en peuvent mais, est stocké, après transformation chimique idoine, sous forme de gaz qui bénéficie des services d'un réseau de gaz moderne, et doté d'énormes capacités de stockage. Ce procédé porte le nom de méthanation*. Le rendement ne peut certes guère s'élever au-delà la moitié, mais mieux vaut conserver la moitié que de tout perdre. Il convient ici de préciser que les Allemands travaillent déjà au stockage du surplus d'électricité renouvelable sous forme de gaz. C’est là une preuve éclatante du caractère réaliste du scénario.


Indépendamment de tout cela, le commissariat au développement durable a publié une étude officielle selon laquelle les émissions de CO2  par Français s'élèvent à 8 tonnes par an. Par contre si l'on tient compte des produits importés et consommés en France, les émissions atteignent la valeur de 12 tonnes, soit la moitié en plus. Il va de soi que le pétrole importé et brûlé en France est bien comptabilisé dans les émissions nationales de  CO2. Le surplus correspond donc aux émissions que la fabrication industrielle à l'étranger d'un bien acheté en France a généré. Avouons que 50 % en plus est un ordre de grandeur colossal. Des émissions liées à l’industrie, qui devraient nous incomber, restent indûment cachées dans nos statistiques. Le groupe NégaWatt en a conscience, qui prône une relocalisation des activités industrielles.


Le secteur qui apparaît comme favorisé dans le scénario NégaWatt est  celui des transports. En effet, grâce à la sobriété et l’efficacité qui prévaut ailleurs, le biogaz produit en grande quantité est affecté de manière privilégiée aux transports. Quand on y regarde de plus près, on remarque néanmoins que malgré un accroissement de la population, le volume de transport diminue quelque peu. Clairement, dans le cadre du scénario, ce secteur consent aux plus faibles efforts.


En conclusion, le scénario NégaWatt a pour but de lever tout doute sur la possibilité d'assurer l'avenir énergétique de la France uniquement à partir d'énergies renouvelables dès 2050. L'association NégaWatt, qui comporte en son sein un économiste et un sociologue nous propose une articulation avec le domaine économique. La transition énergétique que le scénario préconise est globalement créatrice d’emplois. Ce scénario constitue un travail remarquable de la part d'une poignée de spécialistes de l'énergie, qui ont à cœur de «rendre possible ce qui est désirable». Ils montrent, à l'aide d'hypothèses les plus solides qui soient, qu'il est possible à la fois de sortir du nucléaire et de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre pour assurer les conditions qui président au maintien de la vie sur Terre, telle que nous la connaissons. C'est un scénario porteur de réel espoir: non, il n'est pas trop tard pour améliorer le cours des choses.

Les résultats attendus au plus tard en 2050 sont :


  • une diminution de 65% de la quantité de kWh consommés

  • une division par 16 des émissions de CO2

  • la création de près de 800 000 emplois


Enfin, pour reprendre une question soulevée par l'essayiste Jeremy Riffkin dans the third industrial Revolution, notre société aurait-elle atteint un niveau de perfection inégalé si toute l'énergie consommée était intégralement renouvelable? Quand bien même ce serait le cas, le principe de l'augmentation de l'entropie voudrait que les matières minérales se dispersent toujours d'avantage, et que l'exploitation minière jamais ne s'arrête. Le développement durable est une œuvre de longue haleine, qu’aucun scénario ne saurait restituer parfaitement. Tout juste ce dernier constitue-t-il un commencement, mais un commencement qui se présente sous les meilleurs auspices.


Jean-François Brisset


* Méthanation : production de gaz à partir de CO2 et d'hydrogène obtenu par électrolyse, à ne pas confondre avec Méthanisation : processus biologique qui conduit à la production de biogaz.



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