Le bilan énergétique ou carbone est-il meilleur en rénovation ou en construction ?

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Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB) a mis en place une base de données de fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) qui détaille l’énergie nécessaire à la fabrication et au traitement de matériaux. On peut également y trouver le volume de déchet pour le traitement des ces matériaux ainsi que les émissions de gaz à effet de serre. Après des recherches sur le site de l’INIES il est possible de tirer quelques conclusions.

Avant de débuter il faut savoir que la base données  FDES peut être renseignée de deux façons différentes. Ces fiches sont soit générées par un logiciel grâce à des données entrées par les fabricants , soit calculées par le ministère et dans les deux cas sans aucune ou peu de mesures sur le terrain.

Lors d’un bilan énergétique, le bureau d’étude va comparer le prix d’une isolation et les économies réalisées par celles-ci en € afin d’avoir un temps de retour financier. Mais qu’en est-il du bilan énergétique et environnemental ? C’est-à-dire le temps nécessaire pour économiser l’énergie qu’il a fallu pour produire ce matériel isolant et la quantité de carbone émise pour la construction ou la rénovation d’un bâtiment ?

Par exemple d’après les « FDES » il faudra environ 3.5 ans pour économiser l’énergie qu’il a fallu pour produire les matériaux nécessaires à une isolation en polystyrène alors qu’il faudra 2 ans pour rentabiliser une isolation en laine de verre ou en laine de bois. En revanche il faudra 1 mois pour rentabiliser énergétiquement une isolation en laine de coton. Il faudra 6 ans pour économiser l’énergie nécessaire à la production d’une isolation par l’intérieur des murs en polystyrène + plaque de plâtre.

 Rénovation ou construction ?

Pour certains la rénovation parait être un chantier trop compliqué. Ils préféreront donc la construction pour 2 raisons. La première étant de pouvoir faire les choix dans leur aménagement intérieur et extérieur et la deuxième qu’une construction consomme forcement moins qu’une rénovation. Mais ce deuxième argument manque de clarté. La construction consomme moins en fonctionnement mais qu’en est-il de l’énergie grise pour la production des matériaux de construction ?

En effet une construction peut consommer moins de 50kWh/m²/an et une rénovation moins de 100 kWh/m²/an mais nous savons maintenant que la consommation de fonctionnement n’est pas la seule à prendre en compte.

Si nous nous éloignons du contexte très théorique des FDES et en tenant compte du retour d’expérience de 100 chantiers de rénovation en Alsace, le CEREMA, qui a réalisé le bilan environnemental de ces 100 chantiers, nous informe qu’en moyenne l’acte de rénovation émet 8.6 tonnes équivalent C02. Une telle rénovation permet d’économiser 10 tonnes de CO2 par an en moyenne. (son temps de retour « environnemental » est de 10 mois.)         Le bilan environnemental d’une rénovation est donc très intéressant.

En construction il faut tenir compte de l’énergie grise du gros œuvre. Prenons l’exemple de quelques postes d’une maison de 100m² (Graphique ci-dessus) On remarquera que le plus gros de l’énergie grise provient des dalles en béton, (3.7 tonnes de Carbone soit 15 tonnes EqCO2) des tuiles (4.8 tonnes EqCO2) et de l’acier (3.8 tonnes EqCO2). Des matériaux qui ne seront pas remis en œuvre dans une rénovation. L’isolation et la décoration (postes principaux dans le cadre d’une rénovation) représentent 1/8éme de l’énergie grise totale dans cet exemple en sachant que le plâtre seul représente la moitié dans ces 1/8ème.

Le CEREMA a réalisé plusieurs analyses de cycle de vie de bâtiments de logement et tertiaire en construction.  D’après ces études une construction de 100 m² émettrait 150 tonnes EqCO2.

Faisons maintenant la comparaison sur 50 ans de vie du bâtiment

Celui en construction émettrait 191 tonnes de CO2 dont 150 pour la construction et 41 pour son fonctionnement.

Le bâtiment en rénovation  émettrait 92 tonnes de CO2 dont 10 pour sa rénovation et donc 82 pour son fonctionnement, en tenant compte des hypothèses les plus pessimistes, soit une rénovation à 80 kWh/m²/an et avec un chauffage gaz.

En prenant les performances les plus optimistes la rénovation ou la construction (50 kWh/m² par an et 25kWh/m²/an chauffés au bois) émettrait entre 5 et 10 tonnes de CO2 durant 50 ans de fonctionnement.

Dans la construction de bâtiments, l’énergie grise représenterait en moyenne environ 30 ans de consommation et d’usage. En d’autres thermes à sa sortie de terre le bâtiment a déjà consommé pour 30 ans.

Admettons qu’on veuille construire quand même !

A partir de 2020 dans la construction nous ne parlerons plus de règlementation thermique mais de règlementation environnementale avec la prise en compte des consommations d’énergie avant, pendant et après la vie du bâtiment mais aussi du contenu carbone de ces différentes étapes. Elle s’appellerait RT 2020 : E+C– pour énergie positive avec moins de carbone.

Si on en croit ce qu’on vient de lire jusqu’ici, dans notre revue énergie info, on pourrait croire que le bâtiment de demain est en bois, pour le stockage du carbone, possède des énergies renouvelables, pour devenir un bâtiments positi et bien ventilé pour une meilleure qualité de l’air. Or lors d’une présentation récente de l’expérimentation E+C– nous avons eu quelques surprises.

 Les analyses de cycles de vie en France sont faites à partir  des fiches FDES renseignées par une méthode théorique ne tenant pas compte ou très peu du terrain. Bien sûr les fiches concernant le béton, le plâtre, la laine de verre, des matériaux sortis d’usine française polluante sont très bien renseignées.. Les matériaux considérés comme « alternatifs » ont des fiches moins bien renseignées ou se voit appliquer des malus. Ainsi aujourd’hui une maison en briques, isolée en laine de verre, avec une simple flux et une chaudière gaz passera dans la RE 2020 : E+C– alors qu’une maison en briques isolée par de la laine de bois, avec des panneaux solaires photovoltaïques, un poêle à bois et une ventilation double flux pourra ne pas satisfaire la réglementation. Un des arguments est le suivant : les panneaux solaires et la double flux sont un ajout d’énergie grise. La FDES conçue par le gouvernement indique qu’1m² d’isolant en laine de bois consomme plus d’énergie que 1m² de laine de verre. La FDES de la laine de verre est élaborée par Saint Gobain.

Ceci dit la situation était la même pour la RT 2012 (impossibilité d’installer des poêles à bois dans les maisons sauf si on installait du chauffage électrique avec, impossibilité d’installer une double flux car elle ne possédait pas de certificats CSTB, coefficient de performance avec malus pour la laine de bois empêchant son utilisation pour les murs en dessous 30 ou 40cm, etc…)

La construction émet plus de CO2 que la construction en 50 ans !

Richard LEMOINE
Conseiller pour les collectivités

Sources :

Base de données des énergies grises des matériaux de la construction et de la rénovation :
https://www.base-inies.fr/iniesV4/dist/consultation.html

www.CEREMA.fr

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